Le Monde Dimanche 25-Lundi 26 mars 2001
On lui
en a voulu, au pauvre Roger Bissière, de sa rétrospective au
pavillon français de la biennale de Venise, en 1964. Face à
lui, Robert Rauschenberg obtint le Grand Prix, consacrant, aux yeux du petit
monde de l'art, le triomphe de l'école de New-York sur celle de Paris.
Idiotie des récompenses, injustice du marché, Bissière
est devenu pour beaucoup, les jeunes surtout, le symbole de cette peinture
française que le monde entier, cessant de nous l'envier, préféra
nous laisser.
C'est pourquoi l'hommage que lui consacre la galerie Jeanne-Bucher, à
l'occasion de la sortie des trois volumes du Catalogue raisonné de
l'uvre Ed. Ides et Calendes, 1 598 pages, 1 980 F, 301,85€) mérite
le détour : une quarantaine d'uvres, peintes entre 1928 et 1964,
qui font une mini-rétrospective. Le catalogue, qui comprend 2 912 références,
montre la richesse et la complexité d'un travail, parfois proche de
Klee, de Dubuffet et du groupe Cobra, qui fascina autant certains artistes
que les plus importants directeurs de musées d'alors, comme celui du
Stedelijk Museum d'Amsterdam, un des plus avant-gardistes des années
1950.
Serge Lemoine, qui dirige actuellement celui de Grenoble, a rédigé
la préface de l'ouvrage, réalisé par Isabelle Bissière
et Virginie Duval. Il y analyse les caractéristiques d'un travail marqué
par la couleur et la grille, qui structure toujours l'espace de ses tableaux.
Espace qui déborde parfois dans des formats gigantesques : Bissière
était fanatique de fresque, d'art mural. Le grand format n'est pas
l'apanage de la peinture américaine.
Harry Bellet.